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En Ouganda, les télécentres n’attirent pas les femmes rurales


By lisac - Posted on 20 January 2010

Dans les zones rurales de l’Ouganda, les télécentres qui ont été établis pour promouvoir l’accès rural à l’information et promouvoir le développement n’obtiennent pas les résultats qu’ils escomptaient. En s’appuyant sur la Méthodologie d’évaluation du genre (GEM) du PARF d’APC pour comprendre les raisons expliquant cette situation, UgaBYTES, une ONG basée en Ouganda et qui travaille à la promotion de l’accès aux TIC dans les zones rurales d’Afrique de l’Est, a découvert qu’au-delà des obstacles communs à l’accès comme l’infrastructure, les coûts de connexion et l’alphabétisation numérique, les femmes font face à de nombreuses barrières additionnelles si elles veulent utiliser les TIC pour améliorer leurs vies.

 
En Ouganda, les télécentres n’attirent pas les femmes rurales
 
Dans les zones rurales ougandaises, les télécentres qui se sont établis pour promouvoir le développement et l’accès rural à l’information n’obtiennent pas les résultats escomptés. Une évaluation des télécentres conduite par le programme Acacia en Afrique a révélé que systématiquement, les femmes constituent moins du tiers des usagers des télécentres, même quand ceux-ci comptent du personnel féminin et que du matériel visant les femmes est disponible.
Cliente du télécentre Buwama
Cliente du télécentre Buwama
 
En vue de connaître les raisons expliquant cette situation, UgaBYTES, une ONG ougandaise promouvant l’accès aux TIC dans les zones rurales d’Afrique de l’Est, a mené une étude sur une période de sept mois dans deux télécentres ruraux – en utilisant et en adaptant la Méthodologie d’évaluation du genre (GEM), un outil qui avait été créé par le programme d’appui aux réseaux des femmes de l’Association pour le progrès des communications (PARF d’APC). L’objectif de l’évaluation était de voir si les services offerts dans les télécentres répondaient aux besoins des femmes.
 
UgaBYTES a découvert que parce que les technologies sont socialement construites, elles ont des impacts différents sur les femmes et les hommes. Au-delà des obstacles communs d’accès tels que l’infrastructure technique, les coûts de connexion et l’alphabétisation numérique, les femmes font face à de nombreuses barrières additionnelles pour accéder aux TIC.
 
Les hommes et les femmes recherchent des informations qui ne sont pas disponibles
 
L’évaluation a révélé que souvent, les différents types d’information dont les hommes et les femmes ont besoin n’étaient pas disponibles dans les télécentres, et que ceux-ci manquaient de contenus désagrégés par sexe, ce qui signifie qu’il n’y avait pas de contenus spécifiques selon le genre. Les contenus désagrégés sont importants dans la promotion de l’accès à l’internet et l’utilisation des télécentres pour aussi bien les hommes que les femmes parce qu’il a été découvert que les deux groupes avaient des besoins différents.
 
 
 
En quoi les informations recherchées par les femmes étaient différentes ? UgaBYTES a trouvé que les femmes cherchaient des informations sur :
 
  • la santé, y compris le VIH et le SIDA
  • l’aide psychologique et le conseil  
  • le programme de petites entreprises pour des revenus additionnels
  • l’éducation
  • les bourses pour celles qui ne peuvent pas se permettre les frais d’écolage
  • les conseils pour la formation professionnelle de celles qui ont abandonné l’école et l’orientation professionnelle.
  • les organisations qui fournissent les compétences et l’expérience pour gérer les personnes handicapées dans la communauté, et
  • la sécurité alimentaire.
Les hommes, à leur tour, cherchaient de l’information sur la politique, l’économie, et le marché des affaires, mais comme l’information n’était souvent pas disponible, les femmes retournaient à leurs maisons pour accomplir leurs tâches, tandis que les hommes restaient pour faire des jeux, profitant ainsi des télécentres pour divertissement. Les femmes ne retournaient donc pas si l’information qu’elles cherchaient n’était pas là.
 
UgaBYTES a également découvert que le contenu recherché par les visiteurs était soit trop compliqué à utiliser, indisponible ou dépassé. Les documents qui avaient été empruntés de la bibliothèque de Buwama n’avaient jamais été retournés et le seul ordinateur connecté à l’internet était très lent et principalement utilisé par le personnel du télécentre, le personnel de la radio et les volontaires pour faire des recherches pour leur travail. « Les livres sur des domaines spécifiques en agriculture par exemple, de meilleures méthodes d’exploitation agricole qui portaient sur le manioc, le maïs et l’élevage d’animaux n’existent plus parce que les emprunteurs ne les avaient jamais rendus à la bibliothèque », a dit Nassozi Goretti, une paysanne du village.
 
Sarah Mpagi de UgaBYTES qui donne un aterlier aux femmes rurales
Sarah Mpagi de UgaBYTES qui donne un aterlier aux femmes rurales 
 
Aussi, il y avait un manque de sensibilisation sur la disponibilité de l’information. Selon les femmes, si l’information avait été affichée sur le tableau d’affichage de la paroisse, à la place du tableau du télécentre, elles auraient été plus au courant, puisque la paroisse est un endroit de rencontre sociale et pour échanger et diffuser les nouvelles.
 
 
Les femmes font face à des barrières linguistiques et d’alphabétisation
 
Les femmes ont honte de leur faible niveau d’éducation et de leurs degrés d’alphabésitation
 
Les resultats de l’évaluation GEM ont révélé que les femmes rurales étaient embarrassées par leur manque d’éducation, à tel point que les opportunités de formation mises à leur disposition par les conseils locaux n’ont pas été utilisées. En considérant que les femmes pourraient être récalcitrantes à l’idée de parler devant des hommes, UgaBYTES a opté pour des discussions séparées en groupes de discussion en Luganda, la langue la mieux comprise par toutes les communautés. De fréquents groupes de discussion ont aussi donné aux femmes le temps de s’habituer aux évaluateurs et d’exprimer leurs contraintes.
 
Alors que les hommes partageaient librement la plupart des informations dont ils avaient besoin dans des conversations et interactions informelles, les femmes avaient souvent trop honte pour poser leurs questions, surtout sur où trouver de l’information, et il leur était également difficile d’articuler leurs questions, les dissuadant ainsi de fréquenter les télécentres.
 
« La langue utilisée pour le contenu exclut plusieurs femmes, qui ont aussi confirmé au cours des entretiens qu’elles manquaient de formation, et ne se sentaient même pas capables d’en parler en public. Elle prive les femmes de l’opportunité de fréquenter les programmes éducationnels offerts par leurs conseils locaux. Les hommes partagent généralement de l’information au cours des réunions informelles, à la différence des femmes qui la plupart du temps restent chez elles pour s’occuper des tâches ménagères et de la production. » Sarah Nalwoga Mpagi, Chef Programme à UgaBYTES.
 
L’alphabétisation en anglais entrave l’accès pour les femmes
 
Plusieurs femmes avouent que l’analphabétisme en Anglais était aussi une des raisons principales qui les empêchaient d’utiliser les télécentres (la plupart du contenu aussi bien en ligne qu’hors ligne est en anglais dans les télécentres), à la différences de plusieurs de leurs homologues hommes qui sont pour la plupart alphabétisés en anglais. Le résultat, c’est que les installations publiques étaient généralement dominées par les hommes.
 
Sur la base de ces résultats, les évaluateurs GEM ont recommandé qu’aussi bien les hommes que les femmes s’impliquent comme génératrices d’information en vue de surpasser la barrière linguistique. Comme de nombreuses femmes interviewées avaient un faible niveau d’éducation et ne se sentaient pas à l’aise avec l’anglais, qui est enseigné à partir du jardin d’enfants en Ouganda, l’évaluation a aussi recommandé de reconditionner et d’accroître le nombre de visuels et d’information disponibles dans un langage accessible. Parce que le contenu local est mieux compris, il encourage l’utilisation du télécentre par tous les membres des communautés.
 
L’accès coûte du temps et de l’argent aux femmes
 
Il n’y a pas que les barrières linguistique et d’alphabétisation qui empêchent les femmes d’utiliser les TIC : il y a aussi le temps. La question du temps se manifeste à deux niveaux – le temps qu’il faut aux femmes pour aller au télécentre et le temps nécessaire pour en utiliser les installations. Les responsabilités des femmes, aussi bien au sein de leurs familles que sur leurs champs rendent extrêmement difficile pour elles la fréquentation des télécentres, surtout que la plupart de celles qui ont été interviewées vivent à 5km ou plus du télécentre et y vont à pied ou par transport public. Beaucoup de femmes rurales ne peuvent pas trouver le temps ou l’argent pour faire des voyages (potentiellement infructueux) vers les télécentres.
 
 « Toutes les femmes qui visitant le télécentre trouve difficile d’attendre pour avoir l’accès aux ordinatuers, à cause de leurs roles multiples à la maison », affirme Semwogerere Robert, gestionnaire de télécentre.
Robert Semwogerere, du télécentre Buwama
Robert Semwogerere, du télécentre Buwama
 
Ceci est aggravé par le fait que les télécentres n’ont pas des heures certaines, ce qui fait que les femmes feraient le déplacement en utilisant le transport en commun qui coûte en temps et argent pour découvrir à leur arrivée que ceux-ci sont fermés en raison d’heures d’ouverture limitées ou plus couramment des longues pannes de courant et des délestages.
 
 Les mêmes entraves affectaient aussi la fréquentation et la participation des femmes aux réunions de gestion du télécentre. Les réunions étaient tenues afin de recueillir les réactions des usagers à l’intention des gestionnaires. C’est au cours de ces réunions que les questions touchant aux heures d’ouverture, à la sécurité, au lieu, à l’éclairage (ou à son absence) et au manque de transport disponible étaient discutées. Néanmoins, dans la mesure où il était difficile aux femmes de participer à ces réunions, elles étaient incapables de profiter de cette opportunité pour partager leurs difficultés : « les deux femmes qui sont membres de ce comité n’y ont jamais participé. Occasionnellement quand nous nous rencontrons au centre commercial, elles me demandent des nouvelles du télécentre. […] Elles ne peuvent pas participer activement parce que leur frais de transport aller-retour revient trop cher chaque fois qu’elles sont invitées à venir discuter et faire la programmataion du télécentre », a expliqué Sevume David, un membre du comité de gestion du télécentre.
 
La méthodologie GEM aide à placer les jalons vers un accès équitable
 
 
Grâce aux informations révélées par l’évaluation GEM, les attitudes des équipes de gestion des télécentres ont changé. Le gestionnaire du CMC de Buwama a expliqué que le GEM a changé son attitude et celle de son personnel envers leur travail, et les a aidé à comprendre comment fournir des services répondant mieux aux besoins de toute la communauté, tout en se concentrant sur les besoins des femmes. Des campagnes de sensibilisation, une meilleure communication au sein de l’équipe de gestion, des plans de restructuration des services offerts et d’intégration des besoins des femmes font partie des actions que ces télécentres ont décidé de mener pour un accès équitable.
 
De nouvelles connaissances acquises et de nouvelles pratiques mises en place
 
Grâce aux leçons apprises de l’évaluation GEM, le CMC de Buwama réserve à présent les mardis pour les femmes dans le télécentre, afin de s’assurer qu’il y a des ordinateurs libres. Il y a également sur la radio communautaire de Buwama une nouvelle émission de deux heures les dimanches en après-midi, sur les questions touchant aux femmes.
 
UgaBYTES planifie actuellement de développer un système qui aidera les télécentres à relever les défis liés au genre dans les télécentres. Les plans portent entre autres sur la sensibilisation de la communauté, la recherche de financement, et la mise en œuvre. Grâce à sa nouvelle expertise dans l’application de la perspective du genre dans son travail avec la communauté, le centre Buwama a aussi noué de nouvelles relations avec le ministère en charge des TIC et les membres du parlement local, ce qui aidera sûrement à paver la voie vers une sensibilité au genre dans de futurs projets TIC.
 
 

UgaBYTES est une organisation à but non lucratif établie en 2000 pour promouvoir l’accès des ruraux aux TIC en’Afrique de l’Est. Pour promouvoir un meilleur accès, UgaBYTES renforce la capacité des practiciens de télécentre en gestion et dans les aspects techniques.

 

Sarah Nalwogo Mpagi est la coordonnatrice pour le programme de recherche et de développement à UgaBYTES de même que la coordonnatrice GEM. En collaboration avec Francis Mwathi et Sandra Nassali, qui étaient facilitateurs communautaires dans le projet, ils ont conduit l’évaluation GEM sur une période de sept mois.

 

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