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Gouvernance électronique en Inde oui, mais pour qui ?


By lisac - Posted on 09 February 2010

 En Inde, l’initiative de gouvernance électronique réserve 33 % des sièges aux femmes. L’utilisation du Simputer a également permis aux chefs de villages ruraux de l’État de Chhattisgarh de participer à ce processus public et de faire connaître les besoins de leurs villages par le biais d’ordinateurs peu coûteux qui ne requièrent aucune connaissance spéciale en informatique. Cependant, le projet ne fonctionne pas comme prévu, et c’est grâce à la Méthodologie d’évaluation du genre du PARF d’APC que la Dr. Anupama Saxena et son équipe se sont rendus compte que le fait de gagner un siège électoral ne garantit pas nécessairement que votre voix sera entendue dans le système de gouvernance si vous êtes une femme.

Gouvernance électronique en Inde oui, mais pour qui ?
 
En Inde, pays largement rural, les Simputers (http://www.simputer.org/), genre d’alternative portable bon marché du PC qui ne nécessite pas forcément de connaissances en informatique, ont été introduits afin de donner une voix aux populations marginalisées au travers de leurs élus locaux. En 1993, le pays a adopté le système du Panchayati Raj (autogouvernement villageois) avec pour objectif l'amélioration des communautés rurales. L’un des traits principaux de ce système dit révolutionnaire est l’obligation de réserver 33 % des sièges électoraux aux femmes, quota qui a d’ailleurs récemment été augmenté à 50 % dans l’État de Chhattisgarh, l’un des plus pauvres en Inde et lieu d’étude de l’évaluateur GEM, la Dr. Anupama Saxena de l’Université Guru Ghasidas.
 
women Sarpanchas: Photo by Anupama Saxena
Femmes sarpanchas
 
Celle-ci a cependant tiré la conclusion que malgré une présence garantie officiellement au sein de la gouvernance locale, les femmes sarpanchas (chefs de village élus démocratiquement) se trouvent dans l’incapacité de participer au même titre que les hommes dans la gouvernance rurale électronique.
 
Lors de l’introduction des TIC en 2005 dans des villages Panchayat sélectionnés, tout le monde s’attendait à un changement radical dans le processus de gouvernance rurale, au grand bénéfice des sarpanchas – tant hommes que femmes. Mais malgré l'apparente satisfaction des femmes sarpanchas - leur enthousiasme et leur optimisme concernant l'utilisation de la technologie - on ne note aucun changement tangible à leur participation. L'étude GEM a permis d'en découvrir les raisons : de nombreux problèmes techniques liés aux Simputers et des inégalités profondément ancrées dans la société, qui font reculer même les élues les plus chevronnées – chose qu’une évaluation ne s'intéressant pas spécifiquement aux inégalités de genre n'aurait probablement pas révélée.
Représentation ne signifie pas forcément participation
L'inégalité dans la participation des femmes sarpanchas au sein de la gouvernance électronique rurale provient de fortes discriminations envers les femmes, tant sociales que culturelles.
La différence d’utilisation du Simputer entre les hommes et les femmes est notable : un homme sur trois ayant reçu un Simputer avait transféré des informations par téléchargement, alors que parmi les femmes, moins d'une sur cent (0,7 %) avait transféré des données. Malgré une participation supposée de 33 % des femmes à la tête des gouvernements locaux, celles-ci ne participent pas activement, et la méthodologie GEM a permis d'en découvrir les raisons.
Male sarpancha being interviewed
Entrevue avec un homme sarpancha
Le manque d’éducation, le rôle reproductif et productif, le manque d’indépendance financière et les tabous culturels et religieux profondément ancrés font que les femmes ont du mal à se faire entendre dans des lieux comme le monde politique, traditionnellement dominé par les hommes, si bien que l’insignifiance de la présence des femmes sarpanchas dans la gouvernance rurale est flagrante.
« Un mari d’une Sarpancha nous a interdit d'avoir accès à sa femme », raconte la Dr. Saxena. « Il nous a répété à plusieurs reprises au téléphone qu'il était inutile de rencontrer sa femme étant donné qu'elle restait chez elle, et logeait loin du Panchayata qu'elle représentait et dans lequel elle n'était jamais allée. C'était en fait lui qui s’occupait de toutes les tâches du sarpancha ». De telles histoires ont souvent été entendues, avec différentes variantes.
« Quand nous demandions qui était le sarpancha du village, on nous donnait la plupart du temps le nom du mari, et ce n’était qu’après avoir demandé une seconde fois en insistant sur le véritable nom du sarpancha que les villageois nous indiquaient qu'il s’agissait d’une femme ». Au téléphone, la situation se répétait – les maris s'identifiaient souvent eux-mêmes comme étant le sarpancha et insistaient sur le fait que l’information devait passer par eux puisque leurs femmes « ne savaient absolument rien ».
Les quelques femmes sarpancha qui prenaient – et pouvaient prendre – leur rôle sérieusement n’étaient pas sérieusement écoutées au cours des réunions officielles.
Formation d’une seule journée au Simputer
Seule une sarpancha sur dix a participé à la formation sur le Simputer de façon indépendante. Les 90 % restantes étaient accompagnées soit d’un homme de leur famille ou d’un sachiv (secrétaire du gouvernement de village). Cela est dû au fait qu’en Inde rurale, il n’est pas bien vu que les femmes voyagent seules et en public.
De plus, les formateurs étaient des hommes, et les femmes interrogées ont avoué qu’elles ne s’étaient pas senties à l’aise pour leur poser des questions. Cela n’était pas le cas des hommes sarpanchas, nombre d’entre eux ayant déjà été en contact avec les nouvelles technologies comme les téléphones portables ou les ordinateurs. Les hommes ont en outre la possibilité d'apprendre avec leurs amis dans des cercles informels, tandis que les femmes n'ont aucune possibilité de parler des technologies en dehors de la formation d'une journée, considérée comme étant insuffisante par plusieurs d’entre elles. En fait, 53 % des femmes ont admis qu’elles avaient dû faire face à des difficultés concernant la formation, notamment le voyage, la langue, la nourriture pendant le voyage, ainsi qu'un manque d'intérêt. Il est difficile de trouver quelque chose intéressant quand on n'y comprend rien, et étant donné la faiblesse de leur niveau en anglais et en hindi, de nombreuses femmes n'ont tout simplement pas compris le contenu et ont été dans l'incapacité de réaliser leurs tâches de sarpancha dans ces langues.
Les femmes sont plus confrontées au problème de l’analphabétisme et des langues
Les résultats de l’enquête révèlent d’importantes différences de genre, qui font des Simputers des outils totalement inadaptés aux femmes.
Le Simputer utilise de nombreux mots en anglais. Seules 29 % des femmes sarpanchas ont une connaissance suffisante de l’anglais, contre 66 % des hommes.
La langue de travail des Simputers est l’hindi. 83 % des hommes parlent couramment l’hindi contre 70 % des femmes.
Le pourcentage d'hommes sarpanchas analphabètes est très faible, tandis qu'une femme sur dix l'est.
Simputers en panne et soutien technique éloigné
Fait surprenant, l'étude a découvert que seul un Simputer sur cinq parmi les sarpanchas interrogés fonctionnait. Ce chiffre se réduisait à un peu plus de un sur dix parmi les Simputers utilisés par les élues.
Avec un soutien technique le plus souvent absent au niveau local, la seule solution pour les Sarpanchas était de se rendre dans les bureaux du Janpad Panchayata (principaux bureaux de la région), souvent distants de plus de trente kilomètres de certains villages.
« La nécessité de se rendre dans les bureaux du Janpad Panchayat aurait pu offrir aux femmes sarpanchas la possibilité de sortir de chez elles et de leurs villages, et de se sentir plus influentes en rencontrant personnellement les employés concernés dans leurs bureaux », reconnait Saxena. « Mais la plupart des femmes nous ont expliqué que c'étaient les membres masculins de leur famille qui contrôlaient leur travail officiel et qui leur refusaient la moindre possibilité de quitter leur foyer et leur village. Ils les empêchaient activement de rencontrer d’autres personnes et d’apprendre grâce à ces interactions ».
Le manque de soutien a été intériorisé par les femmes. « De nombreuses femmes interrogées ne peuvent pas se rendre compte du potentiel des technologies pour faciliter leur travail depuis leur domicile ou leur village », observe Mme Saxena.
GEM aide à trouver des solutions satisfaisantes pour les femmes 
Dr. Saxena et son équipe
Dr. Saxena et son équipe
Au cours du Forum sur la gouvernance de l’internet qui a eu lieu à Hyderabad en décembre 2008, Anupama Saxena a eu l’occasion de partager les conclusions de son évaluation avec le ministre des TIC et d’autres personnes engagées dans la formulation et la mise en œuvre des programmes de gouvernance électronique rurale pour y intégrer la question du genre. Elle a également été la seule personne à présenter la gouvernance électronique rurale selon une perspective de genre au cours de la XIIè Conférence nationale sur la gouvernance électronique le 12 et 13 février 2009 à Goa. C’est d’ailleurs lors de cette même conférence que le ministre des TIC de Chhattisgarh et son service ont reçu la médaille d'or pour la meilleure mise en œuvre d'un nouveau programme de gouvernance électronique dans le Chhattisgarh. Au niveau international, Anupama Saxena a réussi à présenter les conclusions de son évaluation lors de l’atelier « Donner un visage humain à l’informatique pour le développement international » tenu à Boston en mars 2009. Malgré ses efforts, il s’est avéré très lent de changer l’attitude et l’engagement des décideurs et des personnes chargées de mettre en œuvre le programme de l’État. Le principal objectif de la Dr. Saxena est de trouver un moyen de sauver le programme en le rendant plus efficace. Son action en tant que critique du projet de e-gram suraj a toujours visé l'amélioration de l'unique programme de gouvernance en ligne qui met les TIC directement entre les mains des dirigeantes locales. Elle a notamment analysé les façons d'améliorer la mise en œuvre du programme en s'intéressant aux besoins de ces femmes sarpanchas, tout en cherchant à mieux gérer les fonds mis à disposition. « Nous disposons de preuves formelles de l'existence d'inégalités de genre et de solutions applicables qui peuvent être adaptées aux dynamiques spécifiques de cette région et pourvoir aux besoins des femmes sarpanchas de Chhattisgarh ». L’utilisation d’une analyse de genre a contribué à découvrir comment les TIC modifient les rôles entre hommes et femmes et les discriminations inhérentes, ou reproduisent les attitudes existantes, voire les exagèrent. « GEM », dit-elle, « m’a donné la confiance de soi dont j'avais besoin pour poursuivre mon travail de plaidoyer ».
La Dr. Anupama Saxena est actuellement maître de conférences de la chaire de Sciences politiques et directrice chargée du Centre de développement et d'études sur les femmes de l'Université Guru Ghasidas à Bilaspur, Chhattisgarh, en Inde (www.ggu.ac.in). Elle a rejoint le projet GEM en 2005.

 

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